De nombreuses irrégularités caractérisent le secteur béninois des télécommunications. Pour ce faire, le gouvernement du Docteur Boni YAYI, par l’entremise de son ministre délégué, chargé de la communication et des nouvelles technologies, Venance GNIGLA a décidé de prendre un certain nombre de mesures pour assainir ce secteur.
Au nombre de celles-ci, les appels vers l’international doivent désormais passer par les plates formes de Bénin Télécoms S.A. Pour en savoir plus, la rédaction de la Citadelle s’est entretenue avec Patrick BENON, le Numéro 2 de cette structure qui nous a livré les détails de ces mesures, ainsi que ses implications sur, aussi bien les consommateurs que les promoteurs.
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Qui est Patrice BENON ?
La personnalité de Patrick Benon résonne aussi bien au Bénin qu’à l’étranger. Il est nommé au poste de DGA Bénin Télécoms pendant qu’il faisait valoir ses compétences en Europe. Depuis 2005, il est le directeur de produits chez Oberthur Card Systems.
Avant d’être à ce poste, il a laissé derrière lui une riche expérience à la société Accenture, Ex Andersen Consulting, en qualité d’ingénieur conseil. Mais également il a été responsable de l’architecture dans le cadre du projet de refonte du système de l’opérateur de télécommunications mobiles français Sfr. Par ailleurs, après avoir été chargé de cours à l’Ecole nationale supérieure des télécommunications de Paris, il a mis une fois encore ses qualités d’ingénierie au service du groupe Schlumberger Systems, ceci dans les recherches et le développement.
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Monsieur Patrick Benon, vous êtes le Directeur Général Adjoint de Bénin Télécoms S.A, quelles sont les nouvelles décisions prises par le gouvernement en ce qui concerne le secteur des télécommunications ?
Je suis très heureux que vous m’ayez invité pour m‘exprimer au sujet des décisions importantes que le gouvernement a prises au niveau du secteur des télécommunications. Ces décisions peuvent se regrouper en quatre points :
Le premier point concerne les appels à l’international. Le gouvernement a décidé que tous les accès à l’international passent désormais par Bénin Télécoms S.A. En réalité, ça devait déjà être le cas aujourd’hui, puisque la loi actuelle oblige normalement tous les opérateurs à passer par Bénin Télécoms. Le deuxième point concerne l’interconnexion. L’interconnexion inter réseau veut dire que lorsque vous êtes sur le réseau d’un opérateur GSM, et que vous appelez un autre réseau, vous devez transiter également par les équipements de Bénin Télécoms. Aujourd’hui, comme l’international, la loi prévoit déjà cela. Il y a des interconnexions qui se sont faites hors de Bénin Télécoms mais ces interconnexions ne sont pas dans une totale légalité, même s’il y a eu des arrêtés qui ont autorisé certains opérateurs à le faire. Je pense que dans la décision du conseil des ministres, ces arrêtés ont été supprimés. Le troisième point concerne les licences qui ont été attribuées, à savoir ADSL, WI-MAX, WI-FI, etc.… Les licences ont été donc suspendues par le gouvernement. Cela ne veut pas dire que les entreprises qui exerçaient dans ce secteur doivent arrêter tout de suite. Cela veut simplement dire que ces entreprises qui exercent légalement doivent se rapprocher du ministère de la communication pour se voir attribuer une autorisation. En réalité, le gouvernement a pris cette décision, parce qu’une licence pour exercer dans le domaine de la télécommunication suppose que les entreprises qui la reçoivent aient les capacités de travailler dans la légalité et de fournir des services de qualité aux consommateurs. Donc les études qui avaient été faites au départ n’ont pas forcément pris en compte tous ces paramètres. Le ministère de la communication va revoir l’ensemble des licences et délivrer de nouvelles licences à ceux qui peuvent vraiment fournir des services de qualité aux consommateurs. La quatrième décision concerne les cabines téléphoniques des opérateurs mobiles. Ces cabines, le gouvernement vient de rappeler que les opérateurs GSM n’ont pas la licence pour faire des cabines téléphoniques mobiles parce qu’ils ont juste la licence pour faire de la téléphonie mobile. Pour faire des cabines téléphoniques, il faut d’abord l’autorisation de faire de la téléphonie fixe et de faire des cabines téléphoniques par la suite. Ce n’est pas le cas aujourd’hui pour eux. Donc, le gouvernement leur a juste rappelé qu’ils n’avaient pas le droit d’exercer comme ils le font. Donc, voilà en gros, pour récapituler les décisions prises par le gouvernement par rapport au secteur de la télécommunication.
A quoi doit-on autant de dysfonctionnements ? N’existait-il pas des dispositions juridiques pour mieux réglementer ce secteur et faire savoir aux opérateurs leurs obligations ?
En réalité, je pense que la libéralisation du secteur n’a pas été encadrée et contrôlée comme il le fallait. Au Bénin, on n’a pas vite compris les enjeux du secteur des télécommunications parce que pendant longtemps, les télécommunications s’opéraient uniquement par le biais de l’OPT qui est l’opérateur historique, mais lorsqu’il y a eu l’ouverture, on n’a pas vraiment contrôlé cette ouverture là. Si bien que l’ouverture s’est faite dans l’anarchie totale. Donc, en réalité, il y a eu un manquement au niveau de l’encadrement de cette ouverture et c’est ce tir là que le gouvernement veut corriger aujourd’hui.
A votre avis, quelles seront les incidences de cette nouvelle mesure ?
Les incidences de ces nouvelles mesures pour moi seront positives dans le sens où dans le désordre actuel, tout le monde commençait à perdre. Que ce soit Bénin Télécom, ou les autres opérateurs du secteur d’ailleurs. Lorsqu’on prend par exemple le domaine du trafic international, le trafic illégal a finalement fait chuter le prix d’accès du Bénin, vu de l’international. Donc, ce sont les prix des terminaisons d’appel. Aujourd’hui, lorsqu’un opérateur étranger appelle le Bénin, il paie trente cinq francs au Bénin. Lorsque ce même opérateur appelle la Côte d’Ivoire, il paie soixante dix neuf francs. Lorsqu’il appelle le Mali, il paie soixante dix neuf francs, lorsqu’il appelle le Sénégal, il paie soixante six francs. Donc la destination du Bénin a été totalement bradée sur le marché international. C’est dû au fait que le marché international fonctionne sur la base de l’offre et de la demande. Si l’opérateur historique qu’est Bénin Télécoms propose un prix sur le marché international, et qu’à côté, il y a du trafic illégal de communication qui se fait à des prix plus bas, évidemment que les opérateurs étrangers passent par des chemins illégaux pour accéder au Bénin. Voilà comment les prix d’accès au Bénin ont chuté depuis plusieurs années, et c’est un manque à gagner pour tout le monde. Parce que cet argent qui est perçu ne va même pas dans les poches de ces opérateurs qui font des trafics illégaux, mais le manque à gagner va dans la poche des opérateurs étrangers. Pour résumer un peu la situation, en fait les opérateurs qui travaillent dans l’irrégularité, pour gagner quelques milliards, ont fait perdre à l’Etat béninois et au Bénin entier, des dizaines de milliards de francs CFA. Voilà la situation.
Combien de temps vous donnez- vous pour assainir le secteur des télécommunications au Bénin ?
Avec les mesures que le gouvernement est en train de prendre, le secteur sera assaini très rapidement. Maintenant, comprenez que je ne peux pas donner de date, je ne peux pas fixer un délai, mais avec tous les mesures qui sont mises en place par le gouvernement, très rapidement, le secteur sera assaini. Vous savez, le secteur des communications est dense, et même les grandes puissances n’ont pas encore fini d’assainir leur secteur. Il y a toujours de la fraude. Par contre, il faudrait réduire cette fraude là et la rende marginale. Le problème au Bénin est que c’est la fraude qui est institutionnalisée et c’est ce qui passe pour la norme. Par exemple, lorsqu’on prend le travail de la commission interministérielle qui a été créée sur les entreprises du secteur on constate que sur cinquante entreprises contrôlées, quarante sept sont dans l’illégalité. C’est-à-dire qu’à peu près 95% des entreprises qui sont dans les télécommunications sont aujourd’hui dans l’illégalité. Donc, l’assainissement aura pour but de rendre la fraude marginale.
Qu’adviendra-t-il des promoteurs de cyber café ?
Selon la décision du conseil des ministres, les promoteurs de cyber café ne sont pas concernés. Ils peuvent continuer de travailler comme ils le faisaient en toute légalité. Il n’y a pas de problème à leur niveau.
Une question sautera à l’esprit des Béninois, c’est ce qui va fondamentalement changer au niveau des coûts de leurs communications. Serai-ce bénéfique pour eux ?
Au niveau des coûts de communication sur le plan national, en principe, rien ne devrait changer. Donc, le ministre de la communication poursuit sa lutte pour arriver à une baisse des coûts au niveau des opérateurs GSM. Sur les prix d’accès à l’international, des efforts seront faits pour que le consommateur final ne ressente pas une augmentation. Aujourd’hui, je ne vous cache pas qu’il y a des anomalies au niveau des prix d’accès à l’international. Par exemple, pour accéder à la France, il y a un opérateur qui pratique le prix de 150 francs CFA. Cet opérateur là devrait passer par Bénin Télécoms. Or, Bénin Télécom vend la minute à 185 francs CFA. Comment peut-il par conséquent vendre la minute au consommateur final à 150 francs CFA, alors que Bénin Télécom lui, vend la minute à 185 francs. Cela veut peut être dire que cet opérateur là emprunte des routes qui ne passent pas par les infrastructures de Bénin Télécoms.
A vous suivre, on craint que les prix des communications vers l’international ne soient pas revus à la hausse.
Je ne pense pas, mais je ne décide pas tout seul. Parce que pour décider, il faudrait que l’ensemble des opérateurs GSM se retrouvent autour d’une table. C’est ce que nous allons essayer de faire pour discuter ensemble de structures du coût, et avoir des tarifs vers l’international qui n’augmentent pas. Je ne décide pas tout seul, mais nous ferons en sorte que vu du consommateur final, il n’y ait pas de grande différence par rapport à ce qui se fait aujourd’hui.
Quel est le bilan que vous pouvez faire depuis votre arrivée à Bénin Télécom ?
Depuis mon arrivée, plusieurs choses ont été faites sur le plan de l’organisation. Vous le savez, on est passé de plus de cinquante directeurs à Bénin Télécoms, à huit directeurs. C’est donc une équipe resserrée autour du Directeur Général. Donc déjà sur le plan de l’organisation, la gestion interne au niveau de Bénin Télécoms est optimisée aujourd’hui. Sur le plan de la crédibilité vis-à-vis des institutions financières je crois qu’on a fait un pas de géant parce que pendant plusieurs années, les dirigeants de Bénin Télécoms n’arrivaient même pas à discuter avec les opérateurs financiers, parce qu’il n’y avait aucune stratégie pour arriver à trouver des équilibres et répondre aux engagements qu’ils avaient pris. Grâce aux plans de redressement que nous avons soumis aux bailleurs de fonds les 12 et 13 décembre, nous avons regagné cette crédibilité vis- à vis des institutions financières. Aujourd’hui, on travaille en toute sérénité avec ces institutions. Par rapport aux partenaires étrangers de Bénin Télécoms, nous avons regagné une certaine crédibilité. Nous sommes aujourd’hui en très bons termes avec l’ensemble des partenaires étrangers, ce qui n’était pas du tout le cas avant. Parce que d’engagements en engagements qui n’étaient pas tenus, la direction de Bénin Télécoms avait perdu toute crédibilité. Sur le plan technique, beaucoup de projets qui vont améliorer la qualité de service sont en route. Sur le plan du GSM, il y a un projet qui est en cours. Je ne veux pas rentrer dans les détails, je préfère que le consommateur final constate lui-même l’amélioration de qualité qui viendra dans les prochaines semaines. Sur le plan de la téléphonie fixe, il y a un grand projet qui est en cours et qui va permettre de résorber les demandes qui sont en attente. Rendez vous compte qu’il y a près de 50.000 demandes en instance pour la téléphonie fixe. Donc nous avons mis en place un projet de téléphonie fixe qui permettra de résorber ces demandes et même de prendre en compte de nouvelles demandes, jusqu’à 200.000 nouvelles demandes. Sur le plan de la fibre optique, plusieurs projets sont également pris en compte. Donc la fibre optique est un canal privilégié qui va permette de relier le Bénin à tous ses voisins. Le Bénin sera relié au Togo, le Bénin au Burkina Faso via la fibre Parakou- Porga, le Bénin sera relié au Niger via la fibre Parakou- Mallanville. On a également des projets pour relier le Bénin au Nigeria via la fibre Porto Novo- Sèmè Podji et Idiroko. Il y a donc tous ces projets qui permettront au Bénin de jouer un rôle central au niveau des télécommunications dans toute la sous région.
Vous venez de parler téléphonie fixe. Par contre, il y a quelque temps, on a eu des installations de téléphones sans fils dont plusieurs consommateurs n’étaient pas satisfaits du fait de nombreux dysfonctionnements. A quoi était-ce dû, et peut-on espérer ne plus avoir à faire aux mêmes désagréments ?
C’était dû au fait que la technologie qui était utilisée n’était pas appropriée. C’était une technologie AMPS, l’ancien réseau de téléphonie mobile de Bénin télécoms. Lorsque la nouvelle norme GSM est arrivée, on a recyclé l’ancien réseau de la téléphonie mobile pour faire de la téléphonie fixe. C’est simplement dû au fait que la technologie utilisée n’était pas adaptée aux besoins des consommateurs. Les nouveaux projets qui sont lancés sont des projets, comme le ministre l’a dit. Le projet CDMA est une technologie qui est faite pour la technologie sans fil et qui a fait ses preuves dans plusieurs pays, même les pays voisins comme le Togo, le Niger .C’est donc une technologie éprouvée qui sera mise à la disposition des consommateurs. Il n’y aura pas d’inquiétudes à se faire à ce sujet.
Source : www.beninhuzu.org
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